Semestrialisation
: chronique d'un désastre annoncé
« L'ouragan Bayrou-Allègre arrive sur
Paris IV », avions-nous titré notre article
sur la semestrialisation dans le Guide de 1999. L'Université
s'apprêtait alors à appliquer la semestrialisation
prévue par la réforme lancée
par Bayrou en février 1997, reprise par Allègre
telle quelle, malgré l'opposition des enseignants
et de l'A.G.E.P.S. Ça n'a pas raté :
le désastre annoncé a eu lieu, même
si nous avons pu le limiter sur certains points.
La semestrialisation: un moyen pour casser nos études
La semestrialisation semble une mesure technique sans
grande portée. Au lieu d'avoir, par exemple,
six modules sur l'année, avec trois heures
de cours par semaine, on en a trois au premier semestre,
trois au deuxième, avec six heures par semaine.
Rien de changé, à première vue.
Ceux qui la défendent n'ont d'ailleurs pas
beaucoup d'arguments. Le principal est que «
C'est comme ça partout ailleurs en Europe ».
Mais si on en regardait plutôt les conséquences
que partout où ça existe ?
En effet, la semestrialisation a des effets catastrophiques
: deux heures par semaine jusqu'en janvier, ça
n'équivaut pas à une heure jusqu'en
juin. Le temps pour assimiler, prendre du recul par
rapport au cours, s'approprier les connaissances,
est deux fois moindre. Au lieu d'étudier parallèlement
les différents aspects d'une matière
(en histoire, les quatre périodes ; en français,
les différents siècles…) on se bourre
le crâne successivement avec deux ou trois d'entre
eux. On peut appeler aussi cela le retour du bachotage.
Elle pose aussi un problème pratique : la semestrialisation
impose deux fois plus de sessions d'examens ! (un
casse-tête pour l'administration). En effet,
les terminaux du premier semestre ont lieu en janvier,
à l'époque qui était celle des
partiels. Ceux-ci ont été supprimés,
ce qui veut dire que nous n'avons souvent plus qu'un
seul exercice écrit par module au lieu de deux.
La semestrialisation menace aussi gravement ceux
qui n'ont pas les moyens d'être étudiants
à plein temps. C'est le système même
de l'examen terminal qui est remis en cause. On pouvait,
avant, travailler à plein temps toute l'année
et consacrer le mois de juin aux examens. Maintenant,
les étudiants salariés doivent passer
les examens de janvier.
De plus, la semestrialisation ouvre la porte à
toutes sortes d'attaques : la session de septembre
est menacée. Elle est maintenue encore cette
année, ce qui est une grande victoire de l’A.G.E.P.S.
Mais pour combien de temps ? La logique de la semestrialisation
implique sa suppression, pour des raisons techniques
d’organisation des examens. D’ailleurs de nombreuses
facs l'ont déjà fait (Grenoble, Lyon
I). De plus, il n’est pas évident de repasser
en septembre des modules sur des sujets dont nous
n'avons pas entendu parler depuis janvier. Cette suppression
est un coup dur pour tous les étudiants, et
en particulier les salariés.
Son application
à Paris IV
L'A.G.E.P.S a obtenu :
le maintien de la capitalisation des UE, de la compensation
des UE entre elles, et des modules à l'intérieur
des UE, ainsi que le maintien du passage conditionnel.
Et, grâce à nos élus et à
la mobilisation de tous, la conservation des notes
par modules, non seulement d'une session à
une autre, mais aussi d'une année sur l'autre.
Attention cependant, rien n’est acquis et nous devons
rester vigilants.
L’A.G.E.P.S demande :
la fin de la semestrialisation. Cette décision
dépend du gouvernement. En attendant, à
Paris IV, pour en limiter les effets, une clarification
d’un système qui devient de plus en plus compliqué,
et le retour à un véritable contrôle
terminal pour les salariés (pas d'épreuve
obligatoire en janvier), le retour dans toutes les
UFR à un nombre d'épreuves égal
à ce qu'il était avant la réforme,
avec la même durée.
L'A.G.E.P.S peut t'aider
: dans ce véritable maquis, tu peux
te retrouver dans une situation aberrante, victime
d’un défaut du système. Nous pouvons
t’aider à présenter une demande de dérogation,
et l’appuyer auprès du directeur d’UFR ou du
président de l’Université.
A Paris IV cette année encore, nous avions
réussi à éviter la généralisation
de la semestrialisation des enseignements (car elle
a fait quand même sont apparition dans plusieurs
UFR). Aujourd’hui, la situation est plus complexe.
Dans certaines filières, les enseignements
sont semestrialisés, dans d’autres les anciens
modules annuels sont divisés en deux EC semestriels.
Cette situation est un casse-tête à la
fois pour l’administration et pour les étudiants.
Nous avons, contre la volonté initiale de certains
enseignants, obtenu la conservation des Enseignements
constitutifs (EC), en parallèle avec la capitalisation
des Unités d’Enseignement (UE). En revanche,
pour ce qui est des examens, le désastre a
eu lieu. Ils sont semestrialisés, avec des
inconvénients variables suivant les UFR (durée
des épreuves variables, tirage au sort, etc.).
D’autre part, dans certaines UFR, le contrôle
continu (devenu obligatoire) est remis en cause. L’examen
semestriel est complété par des «
évaluations » en TD qui sont parfois
assez consternantes : commentaire de texte en une
heure, mini-test d'une demi-heure, etc. Qu'on nous
explique : où est la logique pédagogique
là-dedans ?
Les examens ont deux fonctions. La première,
la plus évidente, celle qui à juste
titre nous préoccupe le plus, est de sanctionner
un niveau d'études atteint en décernant
un diplôme. Cela suppose des épreuves
permettant de mesurer ce niveau, suffisamment longues
et suffisamment générales, et définies
avec suffisamment de clarté pour que la part
du hasard y soit aussi limitée que possible.
La deuxième, tout aussi importante, est une
fonction de formation, complément indispensable
de celle que donnent les cours. Quoi qu'en disent
ceux qui nous prêchent la méthodologie
sans nous dire en quoi elle pourrait consister, la
seule façon d'apprendre à faire des
dissertations, des commentaires, des versions et des
thèmes est d'en faire. Cela implique que les
épreuves soient en nombre suffisant, et que
des corrigés clairs en soient donnés,
pour permettre une progression d'une session sur l'autre.
Sur ces deux point, nous assistons avec l'application
de la réforme Bayrou-Allègre à
une régression sans précédent
à Paris IV. Mais sur les autres points, les
profs se sont trouvés d'accord avec nous pour
limiter les dégâts à Paris IV.